Balance ton Folklore dénonce les violences sexuelles : et si on questionnait le folklore ?

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Le #Metoo, premier mouvement social encourageant la prise de parole des femmes victimes de violences sexuelles, a ouvert la porte à tout un tas de mouvements spécifiques à certains secteurs. De 2017 à aujourd’hui, on a balancé tour à tour nos stages, nos médias, nos films et nos porcs, mettant en lumière la gravité extrême de la situation des femmes, partout, tout le temps. Ces derniers mois, ce sont les baptêmes étudiants qui se voient ciblés.

130 témoignages, des milliers de vécus

C’est au travers du compte Instagram « Balance ton folklore » que s’exprime le ras le bol des étudiantes par rapport à la récurrence des agressions au sein du folklore étudiant de l’Université Libre de Bruxelles. À Louvain, c’est le collectif « La Meute » qui a appelé son université à s’exprimer et garantir la sécurité des étudiantes sur le campus. 

En se baladant sur le compte instagram, chaque post parmi les 130 témoignages est un choc.  Au-delà des nombreux témoignages d’agressions sexuelles, on y découvre une ambiance générale pesante, entre boys club et renforcement continuel du sentiment d’obligation. 

Baptisée en 2014, Manon nous raconte : « Il y a une sorte d’injonction à être ultra-ouverte à propos de sa sexualité. On te pousse à en parler, si tu refuses tu seras cataloguée de meuf coincée qui fait chier. Par contre, si tu en parles trop et que tu multiplie ouvertement les rapports, tu seras cataloguée comme une pute. »

Ce n’est pas la première fois que les milieux étudiants sont accusés de sexisme. Il y a quelques années, les chants utilisés dans le foklore estudiantin belge étaient la cible de critiques, accusés tantôt de sexisme, tantôt de racisme

 En 2020, les écoles de commerce françaises entraient dans le viseur. Les étudiantes pointent du doigts une ambiance générale sexiste, entretenue par le grand nombre d’étudiants masculins : « Viens en réunion, tu feras joli » ; « Tu ne veux pas faire un lap dance au client ? » ; « Tu déconcentres tout le monde avec des tenues pareilles ! ». 

Le folklore et ses travers

Le folklore étudiant belge, érigé au rang de patrimoine culturel, ne semble plus se prévaloir d’un passe-droit lui permettant de tout faire oublier. Le milieu universitaire, considéré comme à priori progressiste, révèle aujourd’hui sa face d’ombre.

Mais que faut-il voir dans ces témoignages ? Faut-il envisager, au-delà d’un procès de nos sociétés, un procès plus spécifique au milieu des baptêmes ? Car si cette ambiance générale est assurément l’expression d’un sexisme existant dans nos sociétés, auquel personne n’échappe, il y a lieu de se questionner sur les éléments renforçant ce paradigme sexiste. 

C’est-ce qu’analyse Manon : « On reproduit des rapports de domination intégrés, peu importe à quel niveau on se considère déconstruit. Au final, on a tous·tes participé, tantôt en tant que victime, tantôt en tant qu’oppresseur ». Une situation bien résumée par le slogan « Le folklore complice », sous-entendant le soutien tacite du milieu aux agressions.

Cependant, il semble nécessaire de questionner certains des aspects spécifiques au folklore, notamment le flou entretenu par les participant·e·s. En effet, c’est une véritable culture du secret qui se met en place au sein des cercles étudiants. On ne raconte pas ce qui se passe en baptême, et les questions des novices se voient souvent coupées par un « Tu ne peux pas comprendre sans l’avoir fait ».

Pourtant, de nombreuses activités seraient à questionner. On murmure, sans jamais cibler de cercle en particulier, que se mettent en place des élections du « trou de la guindaille » ou la « chatte sur pattes », nominant les femmes ayant eu le plus de rapports sexuels durant leur baptême, ou encore un bon nombre d’activités mettant les femmes dans des positions ouvertement sexuelles et humiliantes.

L’humiliation est par ailleurs l’un des axes principaux du baptême étudiant, chose que n’importe quelle personne fréquentant les campus lors de cette période peut confirmer.

Dès lors, il semblerait que le principe même du baptême soit construit sur un jeu de domination. On est alors en droit de se demander dans quelle mesure le fait d’entretenir une « habitude de l’humiliation » pendant des mois ne risque pas de déplacer inconsciemment notre curseur de ce qui est acceptable, ce qui peut mener aux dérives qui nous sont dévoilées aujourd’hui. 

« T’es pas folklo »

Reporters

Une fois le curseur du tolérable déplacé durant le baptême, il semblerait que le contexte qui suit continue de chercher à pousser les limites. 

C’est-ce que relève l’un des nombreux témoignages. Sous prétexte de franche camaraderie et grâce à ces codes de l’amusement sans limite, une bonne partie des étudiant·e·s se retrouvent à tolérer des agissements graves. Une culture du repoussement des limites incarné dans l’expression « T’es pas folklo », resortie à chaque fois que l’on est considéré comme chiant·e ou coincé·e.

Certains pointent également l’alcool du doigt. En revanche, il semblerait tout à fait contre-indiqué de l’utiliser comme un facteur aggravant pour les victimes. Cependant, on observe dans les témoignages les nombreux recours à l’expression « j’avais trop bu », comme une manière pour les victimes de s’excuser de n’avoir pas réagi. Pourtant, on le sait, nombreux sont les réflexes psychologiques qui mènent, peu importe son état d’ébriété, à être stoïque lors d’une agression. 

Du côté des agresseurs, pas la peine non plus de chercher dans les futs une circonstance atténuante. L’alcool ne pouvant pas créer une nouvelle personnalité, il est indéniable que l’agresseur est toujours un agresseur lorsqu’il est sobre. 

Malgré cela, le taux d’alcool des soirées étudiantes peut nous questionner sur l’existence même d’un consentement libre et éclairé, qui ne saurait exister si tous les participant·e·s sont sous influence.

Et maintenant ?

Comme tous les secteurs ayant mis en question le sexisme spécifique à leur milieu, le folklore va probablement traverser une longue période de questionnement et réformes internes. Du moins, on l’espère.

Nombreux sont aussi les appels aux administrations universitaires pour agir et soutenir les étudiant·e·s. Au-delà de la répression, il s’agira probablement d’un long processus de prévention, similaire au travail que doivent encore produire nos sociétés toute entières.