Être un homme et allié féministe : DIY

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En tant qu’homme, se positionner par rapport au féminisme ne semble pas être une mince affaire. Certains se sentent automatiquement ciblés, d’autres condamnés à s’excuser ou incapables d’une compréhension en profondeur. Il semble pertinent de rappeler qu’aujourd’hui, les hommes n’ont plus à se ranger à la seule place de l’allié. Ils ont toutes les raisons de se nommer militants. 

Déconstruction par le haut

Le féminisme est par essence un mouvement qui portera ses militants·tes à un électrochoc. Il remet en cause la hiérarchisation historique, sociale, économique et politique de nos sociétés. Pour la femme, cette prise de conscience aura un gout d’autant plus amer. Il lui fait prendre conscience de sa propre condition.

Mais du point de vue d’un homme, l’éveil demandera une déconstruction d’autant plus délicate. Il aura comme conséquence la prise de conscience d’une position supérieure. Être un homme féministe, c’est avant tout être capable de prendre conscience de ses privilèges. C’est d’abord pouvoir s’avouer que l’on a de la « chance ». Il faudra ensuite comprendre qu’il est possible non pas de baisser ses propres privilèges, mais d’élever ceux du sexe opposé

Certaines pensées affirment que le féminisme masculin doit assumer qu’il perdra ses privilèges. Nous prenons le parti de déterminer que non. Si l’on s’éloigne des calculs empirico-rationnels que suivraient la théorie des jeux, assumer la moitié des tâches ménagères pourrait ne pas forcément signifier une perte du temps de loisir, mais pourrait signifier de partager la charge mentale financière, largement déplacée sur les épaules de l’homme, seul pourvoyeur économique légitime des foyers selon une vision archaïque de la famille.

Silence et écoute en tant qu’homme et allié?

Un deuxième postulat relativement évident nécessaire à une transition féministe pour un homme se trouve dans l’aveux de son ignorance. Non Kevin, on ne vient pas de te traiter d’idiot. Ce qui est sous-entendu, c’est qu’un homme est parfaitement incapable de connaître et ressentir toute l’oppression et les discriminations qui accompagnent le sexe féminin tout au long de sa vie. Il s’agit ici d’être capable de dire : « Je ne sais pas ce que tu ressens. Je ne peux pas comprendre et c’est pour ça que je vais t’écouter ». 

Cette deuxième affirmation a deux conséquences. D’une part, elle renforce le postulat que l’homme jouit d’une multitude de privilèges au sein de la société. D’autre part, elle permettra d’effacer la barrière d’une possible « guerre des sexes ». Déterminer que l’on ne peut pas comprendre toute la substance d’une oppression, c’est permettre une discussion qui ne relèvera pas du débat, mais de l’écoute mutuelle. 

Car parler de féminisme à une certaine mesure n’est pas un débat politique. Ce n’est pas la défense d’une vision, ni d’une idéologie contre une autre. Il s’agit juste de l’expression de notre expérience, chose qui n’est pas discutable. Bien sûr, la problématique d’une grande partie des hommes se place au sein même de cette aptitude à écouter. Beaucoup considérerons encore que les combats n’existent pas. Dans ce cas-là, je te renvoie premièrement à mon article synthétique visant à argumenter chaque intervention antiféministe.

A partir du moment où l’écoute fut érigée en sacro-sainte qualité de l’allié masculin, il a été largement édicté dans le monde du féminisme qu’un homme se devait d’adopter une ligne de conduite forcément articulée autour de l’écoute et d’une empathie limitée par sa propre condition. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer qu’il est possible pour un homme de s’ériger au rang de militant actif, d’acteur d’une transition féministe conjuguée au masculin, non seulement pour les intérêts des femmes mais également pour ses intérêts propres, à condition d’accepter de ne pas utiliser ses engagements pour se mettre en avant, et surtout ne jamais oublier que la domination se trouve bel et bien du coté du patriarcat.

Le Féminisme, forcément à l’encontre des intérêts masculins ? 

Dans un schéma à double entrée d’une simplicité absurde, on visualiserait les issues du féminisme pour les hommes comme soit négative (abaissement des privilèges) soit neutre (égalité). En réalité, un tas de nuances sont à ajouter à ce tableau pour visualiser toute la complexité du sexisme structurel. 

Car le patriarcat imposera également le carcan d’une masculinité toxique aux hommes, il ne sera pas sans intérêt de se pencher sur le féminisme. On citera également le taux de suicide particulièrement élevé chez le sexe masculin, la difficulté pour un homme de se voir accorder la garde des enfants lors d’un divorce, l’injonction à ne pas assumer ses émotions, le jugement de valeur sur base de critères comme la force et la violence exacerbée entre les hommes, le sentiment constant des hommes de « ne pas être à la hauteur », etc. Déconstruire le patriarcat avec une perspective féminisme permet de mettre en lumière un grand nombre d’inégalités existantes dans le sens inverse, dans un sens où les privilèges ont forcément un poids tout autre. 

Un homme pourrait trouver dans le féminisme une meilleure santé mentale, une relation de couple épanouie et stable, une vie de famille plus heureuse et plus de sécurité dans l’espace public. Avec une perspective éco-féministe, vous ajouterez à cela une reconnaissance des problématiques liées au climat et des bienfaits pour la planète. Quel programme ! 

Être féministe en tant qu’homme s’articule autour d’un grand nombre de paramètres : la prise de conscience surtout, l’écoute en plus. Mais votre féminisme s’épanouira également dans un tas d’actions qui, à leur manière, permettrons un changement à long terme. Accepter de parler de ses émotions, écouter une femme, éduquer son enfant sans carcan de genre, enseigner le respect, faire preuve d’empathie, de gentillesse, se renseigner, lire des articles à ce sujet (coucou !) sont autant de petits gestes qui permettront un changement non pas radical, mais sain et ancré dans la durée. 

« Les femmes et les hommes devraient se sentir libres d’être sensibles. Les femmes et les hommes devraient se sentir libres de se sentir forts. Il est temps que nous percevions tous les genres avec une perspective qui n’opposeraient pas deux types d’idéaux. »

Emma Watson