EDITO Elections 2019 : Le murmure des urnes

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Cela faisait des mois que la vie des grandes villes et des parutions médiatiques étaient rythmées par les marches pour le climat. Cela sonnait comme une évidence : les prochaines élections laisseront place à une tornade verte en Belgique. La surprise fut pour le moins générale, en cette soirée du 26 mai 2019, de constater que la tornade était brune. Le Vlaams Belang et la NVA sont dorénavant dans les premiers partis néerlandophones à la Chambre des représentants.

Il convient d’abord de s’interroger sur l’ADN du Vlams Belang, si célèbre et pourtant si méconnu en même temps. Ce parti est à considérer comme le cousin néerlandophone du Parti Populaire wallon. Tous deux issus du National-Populisme, ils se différencient par leur désir, ou non, d’une Belgique unie.

Que disent les programmes de ces partis ? Il peut s’avérer complexe de trouver des points qui n’ont pas un rapport, de près ou de loin, avec la question migratoire ou tout simplement de la nationalité. Les partis revendiquent des aides sociales différentes selon l’appartenance à la nation : une personne ne possédant pas la nationalité belge ne pourra pas bénéficier des mêmes aides. A côté de cela, on trouve une opposition totale à l’Europe, une augmentation drastique de la sécurité et enfin, une culture du capitalisme. La question écologique n’apparait pas, et la seule proposition concernant un espace vert avait pour projet de rénover les parcs bruxellois, dans le but de pouvoir les « isoler » (comprendre : mettre des barrières, probablement pas pour empêcher les écureuils d’y pénétrer, tu l’auras compris).

La communication du parti brille par son nombre de fake-news, et ses réseaux sociaux s’obsèdent de l’Islam ou des personnes racisées, et tout particulièrement des femmes voilées. Une fois de plus, la liberté féminine est écartée sous prétexte de « valeurs ».

La NVA, autre force au nord du pays

A la deuxième place se trouve la NVA, plus connue du grand public et plus « tolérée », bien que ses intentions restent implicitement similaires.

Ce n’est un secret pour personne, ses votes proviennent majoritairement de la région flamande. Même si l’on doit considérer que la Flandre, plus proche de la mer du Nord et de Calais, a pu très légèrement visualiser la crise migratoire de plus près, cela ne passe pas. Depuis plus de 24 heures, les réseaux-sociaux connaissent une vague de commentaires soulignant « les fachos du nord ». Les médias s’alarment de la future « Belgique ingouvernable » et de la scission nette avec la Wallonie.

Une rupture qui n’est pas si forte, si l’on observe la montée de 7% du PTB, et l’entrée en course récente du Parti Populaire et des Listes Destexhe. Bien qu’ils n’aient gagné aucun siège, leur création révèle que le moment leur a semblé opportun pour se lancer.

Ça pourra te paraître choquant que j’assimile la montée du VB à la montée du PTB, et certes, les partis sont aux extrémités les plus éloignées. Mais c’est ici bien ces extrêmes que je souhaite souligner. Si les urnes crient au nationalisme et à l’anticapitalisme, c’est qu’elles chuchotent surtout un besoin de rupture. Rupture avec les partis traditionnels, vote contre x, plus que pour y et surtout, un besoin de se rattacher aux valeurs nationales, à la tradition, au passé. Ce passé qui n’avait qu’une couleur, ce passé qui ne connaissait pas « l’autre ».

Pour les personnes qui se sont, comme moi, réveillées avec une gueule de bois politique pire qu’au nouvel an, ce n’est pas moins la sensation de faire partie de cette vague mondiale dérangeante que la victoire spécifique du VB qui afflige. Nous constatons aujourd’hui que notre petit pays ne passera pas au-dessus d’une montée populiste mondiale. Nous constatons que les clivages générationnels ne font que se creuser.

La participation citoyenne, un devoir

Mais malgré ces constations larmoyantes, il est primordial de ne pas simplifier. L’histoire belge est un chemin complexe rythmé par les relations nord-sud, et la politique une chaise musicale avec des chansons qui vont assez fort que pour te donner mal au crâne. Ces victoires sont avant tout un rappel à la jeunesse : ce qui semble normal n’est jamais acquis, la participation citoyenne à la politique n’est pas un hobby ou un centre d’intérêt, c’est un devoir.

La participation citoyenne 2.0 peut faire face à la communication digitale nauséabonde des partis racistes, et toi aussi, tu peux être influenceuse. Aujourd’hui, je décide de ne pas te conseiller un produit beauté ou la nouvelle collection Zara, je te conseille de porter ta voix pour la faire entendre. Alors toi aussi, deviens influenceuse à ta manière, et porte tes valeurs.

« Si vous ne vous occupez pas de politique, la politique s’occupera de vous. »

Royer-Collard