Instagram supprime le compteur de likes sur ses photos : ça change quoi, en vrai ?

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Le célèbre réseau social compte masquer les compteurs de likes sur les photos postées. Une phase de test est lancée, mais cette décision est loin de ravir tout le monde. En tant qu’utilisateur, quel impact peut-on voir dans cette modification ? 

Tu fais peut-être partie des utilisateurs concernés par le test : tu as vu disparaitre le chiffre exact des likes sous les photos des personnes que tu suis. Si cette statistique est encore accessible sur nos propres photos, elle est remplacée sur les clichés des autres par la mention « aimée par untel et d’autres personnes ». 

Pourquoi ce changement ? 

Toi qui utilises Instagram pour poster des photos de ton chien ou des stories de tes soirées entre potes (oui, on te voit), afficher ou non le nombre de likes exacts récolté ne change pas grand-chose pour toi. Pourtant, c’est un grand changement pour le réseau social, surtout quand on sait que le like est une des données principales qui indique l’interaction, et donc l’engagement

Instagram agirait pour le bien de ses utilisateurs, et pour leur santé mentale : supprimer l’indication du nombre de likes permettrait de casser cette course à la validation et à l’approbation d’autrui. Sur l’idée, on ne peut que valider. Ne plus être obnubilé par les likes reçus permettrait aussi de se recentrer sur le contenu partagé, plutôt que copier ce qui marche… 

Really, Instagram ? 

Seulement voilà, on a rarement vu une entreprise opérer un tel changement simplement pour le bien-être de ses utilisateurs. On aimerait bien, mais on ne vit pas au pays des bisounours. Pour mieux comprendre cette décision de la part d’Instagram, comme tous les autres changements opérés, il faut se mettre à la place du réseau social. Que recherche-t-il ? Comment cette modification peut-elle renforcer son business model ? Car le but de tout business est toujours, avant tout, le profit. 

Le changement d’algorithme récent peut par exemple être compris par la volonté d’Instagram de faire interagir beaucoup plus les utilisateurs. Pour être vu, il faut être actif : liker, commenter, et inciter son audience à faire de même. Dans le cas des likes, que pourrait bien chercher exactement le géant Facebook derrière cette modif ? 

Instagram étant une application totalement gratuite, son modèle économique ne peut reposer que sur de la publicité. Un fonctionnement qui lui vient d’ailleurs de Facebook, qui a appliqué ses grands principes à l’appli en la rachetant. Instagram gagne donc de l’argent grâce aux annonces qu’il permet de diffuser à son audience. Ce qui signifie qu’en tant qu’utilisateur, nous ne sommes pas le client de l’appli : ce sont ses annonceurs. 

Evidemment, l’app doit être plaisante pour qu’un maximum d’utilisateurs s’y connectent, et qu’on puisse donc diffuser une publicité à un maximum de personnes, ou groupes de personnes ciblés.  Mais ne soyons pas dupes : s’il y a quelqu’un à séduire, ce sont bien les annonceurs qui font vivre Instagram. Et quel intérêt peuvent avoir ces marques du nombre de likes sur leurs publications ? 

Lorsqu’une enseigne décide de lancer une campagne via Instagram, les données à encoder concernent le nombre de personnes touchées. Pas le nombre de likes, une indication qui peut indiquer la performance d’un post, mais qui ne sera pas décisive dans la décision d’achat d’un espace publicitaire. Le like devient donc obsolète, inutile, et peut être supprimé sous couvert d’une volonté philanthrope de penser au bien-être des utilisateurs… 

Un prétexte qui prête à sourire quand on sait qu’il est tout de même possible de voir son propre nombre de likes (on cherchera donc toujours à en accumuler pour se faire du bien à l’égo). Par ailleurs, on conserve quand même une estimation de ce chiffre avec la mention « et des dizaines, centaines, milliers d’autres personnes », donc peut-on réellement y voir un effet positif sur la santé mentale de qui que ce soit ? 

Les premières victimes : les influenceurs

Revenons à tes photos trop mignonnes de ton animal de compagnie. Certes, tu estimes qu’Oscar mérite des centaines de likes, et on ne va pas te contredire. Mais s’il y a une personne pour qui le nombre de « j’aime » importe, c’est bien l’influenceur, et a fortiori le micro influenceur. Car les likes qu’il reçoit est une donnée qui lui permet de se targuer d’un certain taux d’engagement, info essentielle dans une campagne. Tu l’auras compris, le like fait partie des nombreux critères qui font qu’un influenceur va décrocher une collaboration rémunérée ou non. Perdre le compteur de like, c’est donc devoir justifier autrement que le contenu plaît, et qu’il atteint la cible désirée. 

Il n’est pas étonnant qu’Instagram casse subtilement la dynamique de l’influence. Ces utilisateurs génèrent en effet des revenus importants, sans que la plate-forme ne puisse en empocher un seul centime. Instagram pourrait fonctionner en cohésion avec ces utilisateurs, qui sont pourtant les plus actifs… Mais l’appli préfère leur mettre des bâtons dans les roues, et ce n’est pas la première fois. 

Qu’est-ce que ça change vraiment pour toi ? 

En vrai, rien du tout. Et c’est là qu’il est important de se poser les bonnes questions et de prendre conscience de l’écosystème auquel on participe. A l’heure des applications de masse comme le sont les réseaux sociaux, on devient forcement le maillon d’une chaîne capitaliste. On valide sans le vouloir des modèles basés sur le seul revenu publicitaire, et on s’assure donc d’être mitraillés en permanence par des annonces toujours plus intrusives. 

Je ne te dis pas de quitter Instagram sur le champ. Mais simplement de te questionner et d’être un utilisateur conscient de ces machines à data. 

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