Jacinda Ardern : de la victoire politique à la victoire féministe

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La période est morose pour tout le monde: confinement, déconfinement, crise sanitaire et économique, mesures restrictives (et ô combien nécessaires), mais heureusement de belles histoires méritent aussi d’être mises en avant. On vous fait le portrait de Jacinda Ardern, première ministre néo-zélandaise depuis quatre ans déjà, et réélue à la tête de son pays le 17 octobre dernier. Et on vous explique pourquoi on s’en réjouit. 

La presse internationale a beaucoup parlé d’elle comme une dirigeante exemplaire dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Le confinement annoncé fin mars 2020 et son plan de lutte contre le virus ont permis de limiter la casse: le coronavirus a tué 25 personnes en Nouvelle-Zélande – qui compte 5 millions d’habitants. Un décès est un décès de trop, on est bien d’accord. Mais la stratégie du gouvernement menée par la leader Ardern contre le SARS-Cov-2 est unique et a d’ailleurs été pointé par l’Organisation mondiale de la santé. Alors qu’en Europe, nous sommes face à une troisième vague de pandémie assez virulente, la cheffe du gouvernement néo-zélandais a annoncé, il y a plusieurs mois déjà, que sur son territoire le virus avait été vaincu.

Un mandat chamboulé

Le coronavirus n’était qu’une des crises face à laquelle Jacinda Ardern  et son pays ont dû faire face lors de son mandat. La Nouvelle-Zélande a connu la pire attaque terroriste de son histoire en mars 2019 quand un Australien, suprémaciste blanc, a abattu 51 musulmans à la sortie de deux mosquées de Christchurch. L’empathie de la Première ministre envers les victimes, son discours contre la haine et son travail sur le contrôle des armes ont prouvé qu’elle pouvait faire face aux pires situations en tant que dirigeante politique. On ne parle même pas de l’éruption volcanique qui a coûté la vie à 21 personne fin décembre 2019 et qui a, à nouveau, éprouvé le mandat de la jeune dirigeante.

Son courage impressionne tout le peuple néo-zélandais: tout d’abord celui dont elle a témoigné à 25 ans quand elle a quitté l’Eglise mormone après des déclarations homophobes de celle-ci. Elle est aussi la première Première ministre à avoir allaité durant une session de l’ONU à New-York. Avant elle, seule Benazir Bhutto avait accouché durant son mandat au Pakistan. Lorsqu’elle a repris son mandat après son congé de maternité, son compagnon – un producteur de télévision – est devenu homme au foyer.

Un combat politique et féministe

Son combat féministe ne s’arrête pas là : cette année, l’avortement a été dépénalisé en Nouvelle-Zélande grâce à son travail. Last but not least : le gouvernement a approuvé le 24 mars dernier une nouvelle législation donnant droit aux femmes faisant une fausse couche ou donnant naissance à un enfant mort-né, ainsi qu’à leur conjoint, un congé spécial de trois jours. Les femmes bénéficiaient déjà d’un congé de deuil en cas de mortalité du foetus après 20 semaines de grossesse. Désormais, la règle s’applique à n’importe quel moment de celle-ci. Le pays dirigée par Jacinda Ardern démontre à nouveau son rôle précurseur dans la lutte pour le droit des femmes.


Quand elle a été élue en 2017, elle est devenue la plus jeune cheffe de gouvernement de son pays depuis… 1856. Sa popularité a provoqué une « jacindamania » sur l’archipel. Et, récemment, la très large victoire de son Parti travailliste (NZLP) montre l’approbation du peuple néo-zélandais à son égard. Jamais un parti néo-zélandais n’était parvenu à avoir la majorité absolue depuis la réforme du système électoral en 1996, ce qui lui permet donc de gouverner sans coalition. Une première pour elle et pour son parti.

Leader charismatique

Toutes ces « premières fois », ces records, font d’elle aujourd’hui la dirigeante néo-zélandaise la plus populaire de tous les temps, elle est admirée, voire adulée dans le monde entier pour son courage politique, ses décisions face à des situations de crise, son empathie et sa sympathie. Elle utilise d’ailleurs de manière très active les réseaux sociaux, dont Instagram (1,7 millions d’abonnés) où elle poste régulièrement des vidéos d’elle dans lesquelles elle répond aux questions qui lui sont souvent posées, sur la crise sanitaire, le vaccin, les questions politiques ou sociétales. Au niveau transparence, pari réussi!

Il est important de connaître et de faire connaître ces profils de femmes fortes qui agissent autant pour le bien commun que pour leur propre carrière et vie personnelle. A l’heure où on se concentre encore beaucoup trop sur la tenue vestimentaire des femmes politiques, notamment en Europe (cf. le débat sur le décolleté de la première ministre finlandaise Sanna Marin, accusée de « jouer les mannequins » – en photo, ci-dessous), Jacinda Ardern fait l’unanimité sur l’archipel. Elle est une vraie leader charismatique, bien loin de de l’image trop sérieuse, péjorative et diabolique que le monde a longtemps donné à Margaret Tatcher ou à Angela Merkel. Lors de son discours à la suite de l’attentat terroriste de Christchurch, la Fondation Martin Luther King avait déclaré à son sujet : « La Première ministre Jacinda Ardern, c’est ce dont le monde a besoin ». Et nous sommes plutôt d’accord avec cette affirmation.