La colonisation de la Palestine est aussi une problématique féministe : voici pourquoi

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La problématique palestinienne occupe notre actualité de manière régulière depuis des années. Les violations des droits Palestiniens sont nombreuses, entre droit à l’autodétermination, liberté d’expression, de circuler, de rassemblement ou à la santé… Pourtant, on trouve peu d’informations sur la condition spécifique des femmes Palestiniennes, alors que le débat est par essence féministe.

S’approprier le débat

Depuis plusieurs jours, la colonisation du territoire Palestinien occupe les premières pages de l’actualité et mobilise les réseaux-sociaux. Le point de départ de ce regain de violences se trouve dans les menaces d’expulsion de familles palestiniennes dans la ville de Sheik-Jarrah, au profit des colons juifs. 

Depuis des années, la problématique israëlo-palestienne est érigée au rang de « celui dont il ne faut pas prononcer le nom », autant entre potes qu’au au sein des médias ou des espaces de débat démocratiques. En effet, la thématique soulève automatiquement dans les discussions le poids de la plus grande cicatrice de l’Europe, la Shoah, mais aussi de l’antisémitisme en général. 

Et pourtant, il est urgent de s’approprier le débat. Car l’annexion illégale des territoires Palestiniens par Israël n’est pas sans rappeler une autre culpabilité historique de l’Europe : la colonisation. 

Nous le savons aujourd’hui, les impacts de la colonisation sur les femmes ont été non seulement extrêmement violents, mais se font surtout encore ressentir aujourd’hui. Se pencher sur la cause Palestinienne, c’est avant tout permettre à des milliers de femmes de ne pas porter le poids de leur double condition de femmes d’une part, et de Palestiniennes d’autre part.

Subordonnées à deux systèmes

Une première problématique en Palestine, préexistante à la colonisation juive, se trouve dans les féminicides. En effet, le pays compte, en 2018, 22 « crimes d’honneur » à Gaza et en Cisjordanie. Pendant ce temps, la destruction par Israël de la plupart des infrastructures et institutions publiques du Gouvernement Palestinien rend complexe, si pas presque impossible, quelconque action publique, aussi simple que de placer en sécurité les femmes en danger.

Suite aux violences dues à la colonisation, les femmes ont observé une augmentation des violences dans la sphère privée. Comme nous l’a martelé Simone De Beauvoir, rien n’est jamais gagné, il suffit d’une crise économique ou sociale pour que nos droits soient bafoués. C’est exactement ce que l’on observe sur le territoire Palestinien, où les conditions économiques catastrophiques dues à l’occupation amènent davantage de violence envers les femmes. Certains hommes multiplient les mariages pour accroitre les revenus en envoyant leurs femmes à l’usine, ou vers la prostitution forcée. 

De manière généralisée, l’anxiété provoquée par la dégradation du tissu social palestinien impacte profondément les femmes dans la sphère privée, qui subissent des pressions croissantes et sont victimes de violence au sein de leur famille. Le rôle des femmes, dans ce contexte de guerre permanente, est cantonné à celui de donneuse de soins et chargée de la famille, tandis que leur liberté de mouvement et d’action est restreinte. Ajoutons à cela que les nombreux blocages de routes de l’armée Israélienne rendent presque impossible toute fuite. 

Dès lors, on comprend que les femmes palestiniennes sont les cibles de deux systèmes de domination qui opèrent simultanément, l’occupation d’une part et le patriarcat d’autre part. À cela, une rapporteuse spéciale des Nations Unies chargée de la question des violences contre les femmes ajoute : « Elles sont subordonnées à l’occupation et au patriarcat. En affrontant le premier de ces systèmes, les femmes se soumettent au second ». 

Être une femme en Palestine

Malgré l’accroissement des violences dans la région, le dernier rapport focus sur la problématique date de 2005, par Amnesty International. À l’époque, l’enquête faisait lieu de plusieurs problématiques, et l’on peut facilement s’imaginer que chacune a empiré aujourd’hui.

Parmi les points d’attention que pose le rapport, on trouve premièrement l’impact des bouclages et couvre-feu sur les femmes enceintes, causant une restriction sévère de l’accès aux soins médicaux. En conséquence, les femmes sont obligées d’accoucher dans des postes de contrôle. De plus, les stress intenses, la peur et l’anxiété poussent les femmes à surmédicaliser leurs accouchements, par césarienne ou par accouchements provoqués.

Un autre point d’attention se trouve dans la situation économique des femmes Palestiniennes. Car si l’ensemble de la population plonge progressivement dans une grande pauvreté, liée à l’impossibilité de trouver un travail décent, il est important d’apporter une analyse par le prisme du genre sur cette problématique. En effet, on observe, dans le monde entier, un phénomène global de féminisation de la pauvreté, et l’on trouve principalement des femmes parmi les 1,5 milliard de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. 

À cela, le rapport ajoute que les perspectives d’éducation sont de plus en plus limitées pour les femmes, mais aussi la situation de dépendance totale à des figures masculines dans laquelle elles se trouvent lorsqu’il y a destruction de leur habitation ou leur bien. Il est devenu alors courant, lorsque son mari est tué, de devoir épouser son beau-frère pour s’assurer la remise en œuvre d’un foyer couplant plusieurs revenus. 

Tous ces éléments nous permettent de comprendre l’extrême urgence humaine que représente la violence à l’égard du peuple Palestinien, et dont les femmes sont des victimes collatérales sur le long terme. Dès lors, l’expression vocale d’un désaccord avec la politique d’oppression menée par Israël sur les civils Palestiniens n’est plus qu’une nécessité humaine, mais bien une nécessité féministe, anticoloniale et engagée. 

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.

Simone de Beauvoir