La raison pour laquelle une femme avorte ? Not your business

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Ce mercredi 14 mai 2019, le Sénat d’Alabama, USA, faisait voter la loi la plus restrictive des États-Unis concernant l’avortement. Une loi qui interdit tout avortement passé 6 semaines (période à laquelle majorité des femmes ignorent encore leur grossesse), et ce même en cas de viol ou inceste.

Une loi qui prend aussi le soin d’ajouter que tout médecin pratiquant l’avortement sera puni de peine de prison, et jusqu’à la perpétuité pour la femme. Grosso modo, il s’agit ici de totalement interdire l’avortement, mais c’est dit avec beaucoup plus de mots pour que ça passe mieux.

Et là, on ouvre quand les yeux…

C’est un chemin avec lequel flirtent les USA depuis un certain nombre d’années. En 2006, le Dakota du Sud ouvre un référendum sur la question, depuis 2017, l’avortement n’est plus couvert par aucune assurance. En 2018, un projet de loi dans ce sens est déposé au Texas. L’état allait jusqu’à la peine de mort, assimilant tout avortement à un homicide.

Il serait aisé de s’arrêter au fait que cette décision est loin de nous, et que ces idéologies ne sont pas d’actualité en France comme en Belgique, que « oui mais, c’est Trump aussi ». C’est une erreur. La montée des mouvements anti-droits et d’extrême droite est indéniable partout en Europe. Cette mesure est d’autant plus grave qu’elle est prise dans un pays dont le régime est défini tel que « démocratique » et de plus, l’une des plus grandes puissances du monde, et elle ne peut être « sans conséquence » pour nos vies. Il n’y a qu’à penser à la puissance que les États-Unis ont pour imposer leur culture où bon leur semble. 

De plus, soulignons que le projet des sénateurs va bien au-delà d’une loi applicable à un seul État. Depuis les années 70, toute répression sur l’avortement est interdite par la Constitution américaine. Cette loi est donc illégale. Et ils le savent. Le but est que les associations de défense des droits de la femme portent un recours, et que la Cour Constitutionnelle, composée à grande majorité d’ultra conservateurs, puisse réviser cette loi et autoriser une bonne fois pour toute, la pénalisation de l’avortement dans l’entièreté des Etats-Unis.

Et si on arrêtait de se voiler la face ?

Dans son ouvrage, « Le deuxième sexe », la plus féministe des femmes nous mettait déjà en garde…

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.

Simone de Beauvoir

C’est à la suite d’une décision telle que celle-ci que d’autres pourront être prises. C’est à la suite d’un silence général que l’habitude se met en place. En 2019, il est grand temps qu’il soit formalisé que la dépénalisation de l’avortement ne crée pas plus d’avortements, elle sauve des vies. L’interdiction n’empêche pas la pratique, elle n’empêche que l’encadrement. De plus, cette mesure creuse encore le fossé social entre les classes. Car arrêtons de nous voiler la face : la fille d’un de ces sénateurs pourra très probablement bénéficier d’un avortement correct, cher payé sous la table, tandis que la citoyenne moyenne ou pauvre n’aura d’autres choix de se voir opérer « à l’ancienne », souvent au prix de sa vie.

Il me parait inconcevable en 2019, qu’une loi aussi répressive existe pour le sexe féminin. Il n’est pas tolérable que des textes ne s’adressent qu’aux femmes. L’égalité n’a de sens que si elle est appliquée dans la législation. Si l’on doit revenir dans nos régions, la marche arrière des USA doit, selon moi, sonner comme un signal d’alarme. Il existe, dans cette période de crise, une montée évidente de l’extrémisme et des « idées d’antan », certains, regrettant « the good old days », pensent pouvoir remettre toute démocratie sur le droit chemin en passant par le redressement des codes et des « valeurs ».

Liberté de choisir, un droit qui doit être défendu

Partout, je vois fleurir des arguments, tous visant à dicter aux femmes leur bonne conduite. « Si elles se protégeaient, elles n’auraient pas à avorter » « Si elles se contrôlaient… » « Ce sont des avortements de confort » (cette dernière est française et tout droit sortie de la bouche d’une certaine Lepen).

On me traite de féministe chaque fois que mon comportement ne permet pas de me confondre avec un paillasson.

Rebecca West

Il ne s’agit pas de protection de la vie, il s’agit de pouvoir en contrôler certaines. Il s’agit de permettre un contrôle sur le corps des femmes et de fait, empêcher leur accès à l’emploi, garantir leur position maternelle dans la société. 

Nos vraies valeurs, en 2019, riment avec liberté. Mes vraies valeurs riment avec tolérance, respect, choix et avancée. Il devrait être intolérable, aussi bien pour le peuple que pour les institutions internationales, d’accepter la privation de certains droits à un sexe en particulier. Si j’écris aujourd’hui, c’est pour vous rappeler, à toutes, que nos droits devront être constamment défendus. Et c’est pour toutes ces raisons, qu’aujourd’hui plus qu’hier mais moins que demain : je suis féministe.