Pas de selfie pendant 6 mois, ça fait quoi ?

Blog post image

En septembre dernier, la chute de mon téléphone a détruit mon écran… mais aussi ma caméra avant. Je me suis empressée de réparer le premier, et j’ai négligé le second. Une fonctionnalité qui ne me semblait pas des plus importantes, mais surtout dont la réparation causerait, selon les experts, de nombreux soucis dans mon smartphone. Ahh, l’obsolescence programmée…

Je me suis donc résignée à vivre sans caméra frontale. Un outil qui relevait à mes yeux du gadget, et qui n’a rien d’essentiel à mon quotidien. Et pourtant, 6 mois plus tard, je dresse le bilan des effets de cette petite expérience sociale involontaire. Ça fait quoi, de ne plus se voir à travers ce tout petit objectif ? Je vous parle des effets inattendus de la vie sans selfie.

Le selfie, un rôle social

Ma caméra avant m’a surtout manquée lors des événements, anniversaires et soirées où ces petits auto-clichés spontanés sont de mise. Pourtant loin d’être une adapte des vidéos en facecam sur le dancefloor ou des bouches en cul de poule, j’avais ce petit pincement au coeur quand mes copines dégainaient leur téléphone pour immortaliser leurs moments de complicité. Comme si, moi, je n’étais pas totalement dans l’instant, alors qu’on est tous convaincus que c’est sans téléphone qu’on vit véritablement.              

Les photos, et a fortiori les selfies, font aujourd’hui partie intégrante de notre construction de souvenirs. La prise de recul de se placer derrière un objectif (ou, ici, devant) semble à la fois faire vivre le moment présent autant que ce geste le condamne déjà au passé. Sans caméra frontale, je me retrouvais dans cet entre-deux inconfortable où j’étais là, mais pas vraiment. Où les images mentales s’estomperaient, alors que les digitales, elles, subsistent.

Un sentiment de déconnexion avec soi-même 

Qu’on collectionne les selfies ou non, une chose est sûre : notre caméra frontale nous sert à nous regarder. C’est peut-être le nouveau miroir de notre ère. Le matin, j’avais pour habitude de vérifier si mon maquillage donnait bien en m’observant sur écran. Pour checker la tenue de notre rouge à lèvres, ce petit truc entre nos dents ou le bouton repéré sur notre front, notre smartphone est notre allié de choix

Sans caméra avant, je me suis donc retrouvée indéniablement avec un temps d’auto-contemplation réduit de plus de moitié. Je croise vaguement mon reflet dans le miroir de ma salle de bain au réveil, ou dans les vitrines des boutiques dans la rue, mais je ne m’observe pas. Je ne me détaille plus.

Progressivement, mon physique a commencé à me préoccuper de moins en moins, puisque je me voyais moins. Mon existence se résumait davantage à mes pensées et à mon univers mental qu’à ce dont j’avais l’air. Mon rapport à mon corps s’est donc retrouvé changé, comme si je l’oubliais petit à petit et qu’il n’était plus qu’un support, et pas une partie intégrante de ma personne. Une baisse de narcissisme qui a du bon comme du mauvais : on est moins obsédé par soi, mais l’oubli de soi n’est pas la solution. 

Quel impact sur l’image de soi?

Alors oui : on se voit moins, et on a l’impression d’être moins familier à soi-même. Mais, à côté de cela, on évite aussi l’image de soi modifiée que nous renvoient nos smartphones. N’oublions pas que toute caméra avant lisse la peau, mais aussi que la majorité des applications qui l’utilisent aujourd’hui proposent des filtres qui améliorent et embellissent le visage.

A gauche : selfie sans filtre et sans maquillage.
A droite : selfie avec un filtre et du maquillage (and the attitude 😂)

Que fait un filtre, si ce n’est nous montrer une version de nous-mêmes qui n’existe pas tout à fait ? La photo me représente moi, mais pas vraiment : je suis une moi améliorée, avec ces quelques détails qui changent tout (une peau sans le moindre pore, un visage aminci, un teint halé et des dents éclatantes). Je suis une moi qui n’existera jamais, mais qui « aurait pu ». Comme si j’étais le brouillon d’une version updatée, et que quelques atouts à eux seuls pouvaient tout changer. Un arrière goût de « peut mieux faire » qui peut être dangereux, surtout pour les plus jeunes.

A gauche : selfie avec un filtre de couleur.
A droite : selfie avec un filtre snapchat déformant (visage aminci et yeux immenses)

What now ?

A ce jour, je n’ai toujours pas récupéré l’utilisation de ma caméra avant. Et je ne suis pas pressée. Cette petite introspection m’aura surtout fait comprendre que notre génération a un rapport au smartphone qui n’est pas toujours très sain. Qu’on l’utilise comme un exutoire à notre stress ou comme un moyen d’améliorer notre vision de nous-mêmes, il reste un outil qui peut provoquer une addiction, et par rapport auquel il faut savoir prendre du recul. Et toi, le petit break sans téléphone… c’est pour quand ?