Pourquoi les hommes ont-ils encore et toujours un sérieux problème avec le préservatif ?

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« Ça me fait débander », « les sensations ne sont pas les mêmes », « je veux un vrai contact avec ma partenaire »… Que vous soyez actif.ve sexuellement ou non, il y a fort à parier que vous avez déjà entendu une de ces phrases. Les hommes redoublent d’excuses lorsqu’il s’agit de ne pas porter de préservatif, et vont parfois jusqu’à le retirer pendant l’acte. Les mecs, c’est quoi votre problème, sérieux ? 

Souvenez-vous : nos cours d’éducation sexuelle, à l’école, se limitaient souvent à enfiler un préservatif sur une banane. Si ces premiers contacts avec la sexualité n’ont pas eu le mérite d’explorer et de vulgariser l’anatomie ou le plaisir féminin, ils auront au moins servi à cette prévention : parer à l’urgence pour apprendre aux adolescents ce geste de base, qui protège autant des grossesses non-désirées que de la propagation d’IST. Très bien, le message est passé, le préservatif est démocratisé, et il fait partie de ces symboles d’une liberté sexuelle retrouvée. 

Pourtant, malgré les campagnes de prévention et autres publicités très courantes sur le préservatif, malgré sa représentation dans la pop culture et le cliché de la capote dans le portefeuille depuis la puberté, malgré ce martelage intensif de slogans tels que « sortez couverts », le préservatif traine derrière lui des clichés qui freinent son utilisation. Il serait responsable de troubles érectiles, représenterait un fossé entre les partenaires, diminuerait les sensations de plaisir… Ce qui en fait un outil à double tranchant : principale protection sexuelle, il est aussi évité à tout prix par beaucoup d’hommes. 

Témoignages 

Les femmes sont nombreuses à le déplorer : leurs partenaires sont extrêmement récalcitrants à l’utilisation du préservatif. Les coups d’un soir essaient régulièrement de le contourner, là où les partenaires réguliers considèrent l’arrêt du préservatif comme une preuve d’intimité. Alison* témoigne : « Mon plan cul n’avait jamais de préservatif sur lui, c’était toujours à moi d’y penser. J’ai compris plus tard que c’était une tentative pour tout simplement ne pas en mettre »

Même son de cloche chez Manon* : « Alors qu’on allait coucher ensemble, il m’a dit qu’il ne supportait pas la capote, que ça le faisait débander et que ça cassait l’ambiance. J’ai eu l’impression de devoir refaire son éducation sexuelle. » 

Certaines femmes, pour éviter cette conversation difficile, acceptent de ne pas porter de préservatif et s’exposent ainsi à la propagation d’IST. « Je n’ose pas l’avouer à mes copines, mais je ne mets pas de préservatif, même avec mes plans cul. Je me dis que ce n’est pas grave, que je prends la pilule, et que comme ça mon partenaire est content », confie Sarah*. Un constat alarmant qui rend urgente la discussion autour du préservatif. 

Charge contraceptive, masculinité et responsabilité

Dans l’immense majorité des cas, la charge mentale contraceptive repose sur la femme. Puisque la contraception a un jour fait partie des revendications féministes, il semblerait qu’elle soit devenue un job de femmes, et non pas une considération commune d’individus choisissant d’avoir des rapports sexuels. Ainsi, il existe plus d’une quinzaine de contraceptions féminines, entre la pilule (la plus courante), le stérilet hormonal ou au cuivre, l’anneau, l’implant… 

Pour l’homme, seules trois options existent : le préservatif, la vasectomie et le retrait. La deuxième effraie pour ses airs de castration (même si la vasectomie n’est pas irréversible!), et la dernière a déjà prouvé son inefficacité (tant en matière de grossesse que de protection contre les IST). L’homme a donc littéralement « one job » : enfiler sa capote. Notons que le préservatif ne comprend pas les effets secondaires indésirables de la majorité des contraceptions féminines, ce qui rend le geste si simple qu’on ne peut s’empêcher de se demander : pourquoi est-il souvent un chemin de croix de convaincre un homme de le porter ? 

On assiste à une véritable déresponsabilisation de l’homme quant aux risques de grossesse et d’IST, qui le concernent pourtant tout autant que la femme. Il se désengage, mais il est également infantilisé, considéré comme inapte à la gestion de ses propres capacités reproductives. Le préservatif, seul symbole restant de cette responsabilité, semble engendrer la peur et la répulsion chez les hommes qui n’ont pourtant pratiquement que cet outil pour maîtriser leur sexualité. 

Ce petit morceau de latex agit alors comme un renvoi à des notions de masculinité et de virilité, phénomène qui explique les problèmes érectiles : c’est davantage le symbole psychologique du préservatif que les effets physiques de celui-ci qui crée la panne. Les hommes qui prétextent une difficulté à bander due au préservatif auraient ainsi davantage affaire à un manque de confiance en eux relatif à leur sexualité et leur masculinité. Réaliser qu’il s’agit davantage d’une construction mentale que d’un mécanisme biologique, c’est un premier pas pour travailler ces problèmes et casser, une bonne fois pour toute, cette sacralisation effrayante du préservatif chez l’homme. 

La pratique du ‘stealthing’ 

Cette diabolisation du préservatif à un pendant dangereux : la pratique du « stealthing », soit le fait de retirer le préservatif pendant l’acte. En anglais, « stealthing » signifie  « furtif », exactement comme ce geste non-consenti qui fait partie du spectre des violences sexuelles et du viol, mais qui peine à être reconnu comme tel. 

La pratique est bien plus répandue qu’on ne le croit, que ce soit avec un.e partenaire occasionnel.le ou de longue date. A l’origine de ce concept,  on retrouve Alexandra Brodsky, juriste américaine. Elle dénonce, à travers son étude, le manque de reconnaissance légale de cette pratique. 

Le « stealthing » repose sur un profond manque de considération pour sa partenaire. Il s’agit d’un choix délibéré de l’exposer à des grossesses et autres IST pour son simple plaisir personnel. Au-delà de ces risques bien connus, cet acte a également un impact psychologique grave. « Les victimes décrivent ce retrait de préservatif comme une menace envers leur corps, ainsi qu’une violence envers leur digité », explique Brodsky. Elle milite ainsi pour que le « stealthing » entre dans la loi américaine, comme c’est déjà le cas en Suisse ou au Canada, et qu’il soit traité comme ce qu’il est : une forme de viol. 

La question du consentement est ici soulevée, mais aussi celle de l’objectification de la femme. La voilà réduite à un traitement déshumanisant, ne tenant pas compte de ses décisions et de sa liberté personnelle. Elle devient un réceptacle à sperme, certains hommes allant jusqu’à revendiquer « le droit masculin à diffuser sa semence ». Et oui, ça dégoute fort. 

Que faire ? 

Sur base de ces différents constats, comment aboutir à une sexualité safe ?

  • Parler du préservatif entre femmes, raconter nos propres expériences en matière de refus du port de préservatif voire même de stealthing, pour éviter aux autres femmes de vivre la même chose et briser ensemble le tabou du préservatif
  • Parler du préservatif avec les hommes, qu’ils soient nos partenaires ou non, pour les conscientiser sur leur propre responsabilité reproductive
  • Toujours avoir un préservatif sur soi, même si cela renforce la charge mentale contraceptive des femmes, mais c’est aussi un moyen d’assurer sa propre sécurité sexuelle
  • Refuser le rapport sexuel si le préservatif représente un tel problème pour le partenaire