Sophie Wilmès Première ministre, on avance ou on stagne ?

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Ce 27 octobre, la ministre fédérale Sophie Wilmès (MR) fut nommée Première ministre par le Roi, chargée de la poursuite de l’expédition des affaires courantes. Pour l’évènement, la grande majorité des médias belges s’affublèrent de leurs plus beaux titres concernant « La première femme Première ministre de Belgique », n’oubliant cependant pas de souligner qu’il s’agit bien ici d’un contrat « d’intérim ».

Alors qu’on commençait à peine à se satisfaire de l’absence de guillemets condescendants, le mot « Première » semble encore favoriser l’utilisation de l’italique. Un symbole fort, surtout révélateur des inégalités de genre.

La falaise de verre

Les journaux s’accordèrent alors sur ce qui deviendra le « portrait prêt à emporter » de la Première ministre : elle sera « la loyale », le « bon petit soldat » de l’ex Premier ministre, Charles Michel. Dépeinte comme discrète et douce, c’est à se demander s’il l’on ne ciblait pas uniquement ce que l’on voulait voir, à savoir l’image d’une femme ayant patienté dans un coin de la pièce jusqu’à ce qu’une place se libère. Incapacité à trouver des informations plus pertinentes ou déploiement de sexisme incapable à contenir, c’est un autre débat.

Sans parler de cet article du Telegraph (aux Pays-Bas) qui ne manque pas de rappeler que Sophie Wilmès est l’heureuse maman de quatre enfants. D’où cette question tout à fait évidente, « une maman peut-elle être Première ministre ?« . Le média invite au débat : « Et vous, qu’en pensez vous ? Pensez-vous que la maternité et la fonction de Premier ministre peuvent être combinées ? » Et vous, vous pensez qu’un papa serait un bon Premier ministre ?

Par ailleurs, il n’est pas anodin de souligner qu’il s’agit de la nomination d’une Première ministre en affaires courantes. Ce phénomène illustre le concept de la « falaise de verre », selon lequel on nommerait des femmes à des postes importants surtout en cas de crise. En Belgique actuellement, le contexte est aux affaires courantes en l’attente de la formation d’un gouvernement, tandis que les ténors du parti du Mouvement Réformateur partent à l’Europe ou dans les Régions. 

La falaise de verre s’appuie sur un phénomène : les contextes de crise favorisent la disparition des concurrents masculins, la majorité préférant s’assurer une situation stable. Et c’est précisément de ce « manque de concurrence » que découlera la libération d’une place féminine.

Une avancée à deux vitesses ?

Ce concept peut également se vérifier au sein du secteur économique, où selon des analyses, une entreprise en perte de vitesse ou de prestige est plus prompte à accueillir des femmes. Parallèle pertinent, lorsque l’on sait que le fédéral devient un niveau de pouvoir moins prisé que les Régions.

Bien sûr, l’accès d’une femme à un tel poste est une avancée, et une victoire stratégique de la part d’une femme qui ne doit pas être minimisée. Par contre, il serait dénué de tout sens de nier l’existence d’un contexte ayant débouché sur un phénomène qui ne prouve rien d’autre que l’inexistence d’une égalité des chances effective au sein des différentes strates de pouvoir, politiques ou économiques.